Comment reconnaître un mythomane ?

La mythomanie se caractérise par une tendance compulsive incontrôlable à raconter des mensonges et à inventer des histoires. Sans cesse, le mythomane se met en scène dans des situations qui le valorisent. Ce trouble reste aujourd’hui très difficile à traiter, car la personne ne se reconnaît pas comme malade.

Quand avez-vous menti pour la dernière fois ? Hier, avant-hier ? Vous rappelez-vous pour quelle raison ? Expliquer un retard, échapper à un déjeuner ou vous sortir d’une situation embarrassante ? « Tout le monde ment, explique Michel Lejoyeux, professeur de psychiatrie et d’addictologie à l’université Paris VII et chef de service dans plusieurs hôpitaux parisiens. Ces arrangements avec la vérité, on les appelle des mensonges sociaux ou utilitaires. Vous vous en servez parce qu’ils vous arrangent »

Cela ne fait pas pour autant de vous un mythomane. Décrite pour la première fois au début du XXe siècle par le psychiatre Ernest Dupré, la mythomanie « évoque une impulsion narratrice, une tendance à mentir de manière répétée et pas uniquement pour des raisons utilitaires, explique le professeur Lejoyeux. Le mythomane ment par plaisir, conscient ou inconscient de se faire passer pour quelqu’un d’important. Il ne peut pas s’en empêcher. »  

Des histoires hors du commun

Une carrière admirable, des voyages palpitants, des rencontres hors du commun… Ce que raconte le mythomane est toujours extraordinaire. Il se met constamment en scène dans des événements qui le mettent en valeur. « On retrouve aussi très souvent des problèmes d’alcool ou de drogue, notamment par besoin de se calmer, ajoute le professeur. Il y a aussi fréquemment des effractions comportementales, comme des vols. »

Le mythomane se rend-il compte qu’il affabule ? Oui et non, et de manière variable selon les cas. « Il peut en avoir conscience, mais de manière réduite. C’est pour cela que l’on a parfois pu parler de personnalités multiples chez le mythomane. » Car c’est bien de personnalité qu’on parle ici. De la même manière que l’on peut avoir une personnalité un peu hystérique, séductrice ou obsessionnelle, il est possible d’avoir une personnalité teintée de mythomanie. « Par définition, le mythomane n’est pas psychotique, précise Michel Lejoyeux. Chez lui, il n’y a pas d’altération de la réalité, il ne voit pas de choses qui n’existent pas. »

Une origine mal connue

Plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer l’origine de ce trouble. Pour certains psychiatres, il pourrait être dû à un traumatisme affectif ou sexuel poussant le mythomane à fuir la réalité. D’autres évoquent plutôt des problématiques addictives, avec une véritable dépendance au mensonge, ou encore un besoin incontrôlable d’être au centre de l’attention.

Quoi qu’il en soit, la mythomanie est très difficile à traiter, parce que le sujet ne se considère pas malade. Il ne supporte pas d’être confronté à ses mensonges. « Personne n’est jamais venu me voir en consultation en me disant « Je suis mythomane », précise le professeur Lejoyeux. On ne peut pas aborder directement la mythomanie avec la personne qui en souffre, c’est trop agressif. » En revanche, il est possible d’amener la personne à consulter en la mettant face aux conséquences de son trouble : des problèmes financiers ou avec la justice en cas de vols, la dépression, les addictions… À ce moment-là, une prise en charge psychiatrique ou psychologique pourra être mise en place.

Jean-Claude Romand, l’exemple type du mythomane
Tout le monde se souvient de l’histoire de Jean-Claude Romand, relatée par Emmanuel Carrère dans le livre L’Adversaire et portée à l’écran par Nicole Garcia. Pendant 18 ans, cet ancien étudiant en médecine est parvenu à berner toute sa famille en prétendant être médecin au siège de l’OMS, à Genève. En 1993, sur le point d’être découvert, il finit par tuer sa femme, ses enfants et ses parents. « Le livre est une très belle description clinique du mythomane et illustre parfaitement la spirale de mensonges à laquelle peuvent être confrontées ces personnes, explique Michel Lejoyeux. Au bout d’un moment, il y a cette impossibilité terrible d’en sortir. Acculé, Jean-Claude Romand a refusé de faire face à la réalité. »