Comment reconnaître un cleptomane ?

Après avoir longtemps été controversée, la reconnaissance de la cleptomanie est aujourd’hui une réalité et correspond à des critères bien précis. Elle se manifeste par le besoin irrépressible de voler des objets dans les magasins, chez des amis ou au sein de la famille. Quelles sont ses causes ? Y a-t-il un profil type, des prédispositions ? La cleptomanie peut-elle se soigner ? Toutes les réponses ici.

Stylos, babioles, disques ou encore vêtements… Le cleptomane (ou kleptomane) ne peut pas résister. Son besoin de dérober des objets, souvent sans valeur, où qu’ils soient, est plus fort que lui. Ce trouble de l’autocontrôle, aujourd’hui reconnu par le corps médical, répond à des critères bien spécifiques. « La cleptomanie correspond à une impulsion qui se traduit par une envie irrépressible de voler, explique Annick Ponseti, psychologue, membre de l’Association française de thérapies comportementales et cognitives (AFTCC). La personne ressent une tension très forte, une grande excitation avant de passer à l’acte, puis un immense soulagement et même du plaisir après avoir commis le vol. C’est un comportement très difficilement contrôlable et qui n’a rien à voir avec la sociopathie. Il n’y a aucune envie de faire du mal. »

Autre particularité de la cleptomanie : les objets ne sont pas dérobés pour un usage personnel ou pour leur valeur. Le sujet n’en a pas besoin ni envie. Le plus souvent, les objets volés sont stockés ou jetés. Parfois même, ils peuvent être restitués après coup. Le profil type du cleptomane est celui d’une femme plutôt jeune, entre 30 et 40 ans, qui agit toujours seule et qui aurait commencé à voler au moment de l’adolescence.  

Sentiment de culpabilité

« Il peut y avoir aussi un fort sentiment de culpabilité chez ces personnes, ajoute Annick Ponseti. Cela entraîne des comorbidités non négligeables : le fait de se sentir coupable amène à essayer de calmer ce sentiment par des conduites addictives, comme la prise d’alcool ou de substances psychoactives. Sur le moyen et le long terme, cela peut aussi entraîner un état dépressif. » Enfin, la cleptomanie est souvent associée à des troubles du comportement alimentaire, comme la boulimie.

Si, faute d’études sur le sujet, on ne sait pas bien expliquer les mécanismes psychiques qui conduisent à ce trouble de l’auto-contrôle, les experts formulent plusieurs hypothèses. La cleptomanie pourrait s’expliquer par un sentiment de vide intérieur que la personne ne parvient pas à combler, par un besoin de toute-puissance destiné à compenser une faible estime de soi ou par une incapacité à exprimer autrement sa frustration. « On peut aussi trouver des antécédents de troubles psycho-traumatiques au moment de l’adolescence », précise Annick Ponseti.

Quelle prise en charge ?

Parce qu’elle se sent souvent honteuse, la personne vient rarement d’elle-même consulter. Lorsqu’elle passe la porte d’un cabinet de thérapeute, c’est souvent parce qu’elle s’est fait prendre et que les conséquences judiciaires peuvent vite devenir importantes. « La prise en charge psychothérapeutique la plus efficiente est la thérapie comportementale, cognitive et émotionnelle, explique Annick Ponseti. Elle consiste à confronter progressivement la personne à ses impulsions, en l’accompagnant dans les magasins. On décortique ce qu’elle ressent dans ces moments et on cherche des alternatives, des astuces à mettre en place pour l’aider à adopter un autre comportement. »

Il s’agira par exemple de calmer les impulsions et l’angoisse par des exercices de respiration. Si l’envie de voler est trop forte, cela passera tout simplement par le fait de sortir du magasin, ou alors de prendre l’objet puis de passer en caisse. On conseille alors au sujet d’avoir toujours un moyen de paiement sur lui. Enfin, une thérapie analytique peut également être mise en place en parallèle, pour aider la personne à comprendre les origines de son trouble.  

La cleptomanie chez les ados

Le plus souvent, la cleptomanie apparaît à l’adolescence. Mais attention, chez l’ado, l’envie de voler peut aussi être passagère et ne rien avoir à voir avec un trouble de l’auto-contrôle. Elle peut tout simplement s’inscrire dans une recherche de sensations fortes, de défiance des règles établies et dans une volonté de tester ses limites. Dans ce cas-là, le vol se commet à plusieurs avec un esprit de défi à relever et un objectif de reconnaissance du groupe. Enfin, les objets dérobés sont ciblés (ce qui n’est pas le cas chez un cleptomane). Il s’agira de maquillage, de vêtements ou encore d’écouteurs. Cependant, si votre ado se met à voler régulièrement, n’hésitez pas à consulter un psychologue.

Aliisa Waltari