Gagner et perdre, ça s’apprend

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Dans les jeux de société, il faut bien l’avouer : notre objectif à tous est bien de gagner. L’important ici étant d’apprendre à contrôler les émotions négatives provoquées par la défaite et les sentiments de toute-puissance liés à la victoire. Or, pour un jeune enfant, tout cela n’est pas vraiment naturel. S’il perd, il peut se fâcher, se bloquer et ne plus avoir envie de jouer. Comment l’aider ? Comment lui apprendre à respecter les règles et à accepter de perdre ? Comment réagir s’il est mauvais perdant ? On fait le point.

À chaque fois que vous jouez à un jeu de société avec votre enfant, c’est la même chose : il ne respecte pas les règles, refuse d’attendre son tour et pique des crises en cas de défaite. Peut-être est-il tout simplement encore un peu trop jeune ? « À 2-3 ans, un enfant n’a pas encore la maturité psychologique nécessaire pour les jeux de société classiques, c’est-à-dire ceux qui sont basés sur la compétition, explique David Alzieu, psychologue clinicien à Albertville, auteur du livre « Les dix qualités cachées de nos enfants les plus sensibles » (Éd. Jouvence). Mieux vaut commencer par des jeux de coopération, ceux où l’on joue avec l’enfant, à ses côtés, et où l’on va résoudre ensemble de petites énigmes. L’idée, c’est d’accomplir quelque chose en coopérant pour avancer dans l’histoire du jeu. » Cette initiation, où l’enfant doit aussi respecter des règles, l’aidera à mieux accepter celles des jeux de société classiques en grandissant.

Société élitiste et compétitive

« Notre société est déjà structurée de manière très élitiste et compétitive, poursuit David Alzieu. La compétition existe à l’école et dans les activités sportives. On fait toujours la promotion de celui qui est le meilleur. C’est très pesant pour les enfants et cela génère parfois beaucoup de frustrations et de souffrance. Les jeux coopératifs sont intéressants également parce qu’ils montrent qu’il existe autre chose et que la vie n’est pas uniquement basée sur la compétition. Ces jeux favorisent aussi très souvent l’imagination et la créativité des enfants, ce qui est extrêmement important pour leur développement. Après, il est également vrai que les jeux où l’on s’affronte ont aussi leur importance. »
Dès 4-5 ans, votre enfant peut commencer à jouer à des jeux simples comme les dominos ou le memory, qui sollicitent la mémoire, l’intuition et la logique. Il expérimentera ainsi progressivement les joies de gagner et les petites frustrations à perdre (lire aussi l’encadré « Faut-il le laisser gagner ? »).

Intégrer les règles de la société

Les jeux de société permettent aux enfants, en particulier à ceux qui ont atteint l’âge scolaire, « de se sociabiliser et d’intégrer les règles de la vie en société, explique de son côté Clara Sapin, psychopédagogue au Centre médico-psychopédagogique (CMPP) de Saint-Denis. À travers le jeu, l’enfant apprend à se confronter au regard de l’autre, à s’affirmer, à se défendre et finalement à se connaître lui-même. Tout cela contribue à la construction de sa personnalité et de son identité. » Aux parents aussi de donner le bon exemple, celui du bon joueur qui prend tout simplement plaisir à jouer. Ne dramatisez pas vous-même vos échecs et ne surjouez pas vos victoires. De même, ne taquinez pas votre enfant s’il perd. En outre, vous pouvez très bien lui expliquer que le plus important n’est pas de gagner mais de s’amuser et de passer du temps ensemble. Arriver premier ne signifie pas que l’on est supérieur aux autres et perdre que l’on est inférieur. Et n’hésitez pas à le féliciter quand il s’est bien conduit et à le rassurer sur les enjeux de la partie. On est là pour échanger, pour rigoler avec lui et certainement pas pour le juger.

Mauvais joueur

Mais parfois, jouer à un jeu de société avec son enfant, même d’âge scolaire, est tout simplement impossible. Rien à faire : il ne parvient pas à gérer ses frustrations, se fâche, jette les pions et pleure excessivement quand il perd. À ce moment-là, autant revenir, au moins pour un moment, aux jeux de coopération ou de construction pour calmer la situation. « Certains enfants sont de très mauvais perdants à la maison mais ils deviennent paradoxalement de bons joueurs dès qu’ils jouent à l’extérieur, au centre de loisirs, par exemple, avec d’autres enfants ou d’autres adultes, remarque en outre Clara Sapin. Ce n’est pas anodin. » Si votre enfant pousse systématiquement la situation de jeu vers la crise et le conflit, « ça va peut-être vouloir dire quelque chose de sa relation au monde adulte, de sa relation avec les parents par exemple, ajoute David Alzieu. Dans ces cas-là, il convient peut-être de s’interroger, de consulter un psychologue pour demander un avis extérieur et prendre du recul. » Histoire d’apaiser un peu les tensions et, ainsi, retrouver le plaisir de jouer ensemble, en famille.

Faut-il le laisser gagner ?

« Si vous laissez toujours votre enfant gagner, vous lui donnez l’illusion qu’il est le plus fort, explique le site Naître et grandir. Il sera alors beaucoup plus déstabilisé s’il perd en jouant avec quelqu’un d’autre. » Il aura logiquement beaucoup plus de mal à gérer sa déception, car il ne l’aura jamais expérimentée. Mais, à l’inverse, s’il ne gagne jamais, l’enfant risque de perdre son intérêt pour le jeu. Vous pouvez donc le laisser gagner, mais uniquement de temps en temps. Cela pourra le motiver pour continuer à jouer et l’aidera à développer ses capacités. « Peu à peu, votre enfant développera ses habiletés et réussira à gagner par ses propres moyens, sans aucune aide de votre part », poursuit le site.

Aliisa Waltari